« Quand les riches maigrissent les pauvres meurent... »
La crise continue sa route et produit les ravages redoutés. Le plus étonnant est que ceux qui vantaient le système sont, aujourd'hui, ceux qui le critiquent le plus. Il en est souvent ainsi dans le domaine des déceptions amoureuses. Mais, alors, que feront, que proposeront, demain, ces déçus d'aujourd'hui ? Les banques rachetées par les États retrouveront-elles leur pleine liberté ? L'étatisme ne va-t-il pas se renforcer partout ? Sera-ce alors pour plus d'efficacité ou davantage de lourdeur ? Pourtant, si l'on en croit certains, le système n'est pas simplement à réformer, mais à changer. Cela d'autant plus que nous allons vraisemblablement voir d'importants bouleversements dans les rapports entre les puissances économiques mondiales.
Les grands pays émergents (Chine, Inde, etc.) vont-ils se trouver freinés dans leur croissance ? Elle reposait, pour une large part, sur le dynamisme de leur commerce extérieur. Or, celui-ci va se trouver bien ralenti. Leurs consommations intérieures suffiront-elles à maintenir leur expansion ? En même temps, les pays qui ont accumulé des dollars vont pouvoir s'offrir, à bon compte, un certain nombre de firmes occidentales... Et puis, qui va piloter ? L'Amérique est affaiblie ? L'Europe aussi ? L'Union a l'obligation de se mobiliser pour d'audacieux projets. Mais il faudrait davantage d'unité. Est-ce possible ?
Une autre question se pose : les pays les plus pauvres ne vont-ils pas encore être davantage appauvris ? « Quand les riches maigrissent, les pauvres meurent... » Cet adage prêté au philosophe chinois Confucius ne va-t-il pas se réaliser ? « L'ouragan financier menace la lutte contre la faim dans le monde », a déclaré Jacques Diouf, directeur général de l'Organisation des États-Unis pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).
Des chefs d'État s'inquiètent. Et s'étonnent : avec une surprenante facilité et une extrême rapidité, il a été possible de débloquer plus de 1 000 milliards de dollars pour sauver les banques en Amérique et en Europe.
Appel à l'aide à toutes les nations
Si l'on peut admettre cette réaction, on devrait aussi, d'urgence, se demander pourquoi on ne parvient pas, malgré tous les appels, à investir ne serait-ce que 30 milliards de dollars par an, soit 2,5 % des dépenses militaires du monde, pour assurer la sécurité alimentaire des 923 millions de personnes qui souffrent de la faim. Ce chiffre, qui date de 2007, se serait accru de 75 millions depuis la hausse des prix (1)... Croit-on que tout cela va pouvoir continuer ainsi ? De nouvelles émeutes de la faim dans le monde sont déjà prévisibles. Croit-on que cela sera sans conséquence pour nous, pour nos pays ? Nous allons peut-être vivre un séisme général. Souhaitons qu'il soit constructeur. Il pourrait l'être si l'on se guérissait du mal que signalait Auguste Detoeuf en 1936 : « Le libéralisme nous a donné de bien mauvaises habitudes. Il a sanctifié l'égoïsme. En bénissant le succès personnel comme l'élément unique et nécessaire du bien-être général, il a détruit la notion du devoir social (2). »
Une bonne nouvelle cependant : le président du Sénégal, Abdoulayde Wade, se félicite du plan de relance de l'agriculture sénégalaise qui semble porter ses fruits. Il estime que l'essentiel, pour le continent, est de soutenir les efforts des 700 millions de paysans africains pour qui le principal est une bonne récolte... Il s'interroge : « Qui va gagner, à l'avenir, entre l'Europe, l'Amérique, l'Asie ? Celui qui s'alliera avec l'Afrique !.... La crise financière, c'est une crise de riches ! Nous compatissons un peu ! (3) »
Enfin, n'oublions pas le drame haïtien. La directrice du Programme alimentaire mondial (Pam) a lancé un appel en faveur de ce malheureux pays frappé, depuis août, par quatre cyclones successifs. Outre les morts qu'ils ont provoqués, ils ont détruit près de 60 % des récoltes. « Nous lançons, a-t-elle dit, un appel à l'aide à toutes les nations pour qu'elles restent solidaires du peuple de Haïti et des habitants des Gonaïves dont les maisons et l'espoir ont été enterrés dans la boue... Plus de 25 000 personnes attendent de l'aide. »
Dans ce drame, une belle éclaircie : la solidarité des lecteurs d'Ouest-France. Vous êtes des milliers à avoir participé à la souscription de l'association Ouest-France Solidarité. Sans attendre, nous allons envoyer des fonds pour les secours d'urgence. Ensuite, nous financerons les associations paysannes engagées dans l'agro-écologie pour réhabiliter les sols et faciliter la récolte et le traitement de la production par les agriculteurs eux-mêmes. Nous présenterons prochainement ces projets destinés à assurer un développement durable.
En attendant, la collecte continue. Merci à tous.
(1) Libération, 8 octobre 2008.
(2) La Tribune, 9 octobre 2008.
(3) La Croix, 8 octobre 2008.
François Régis Hutin