
Elle mobilise 90 000 bénévoles qui vont se rendre dans toutes les grandes surfaces alimentaires pour collecter des denrées alimentaires auprès du public. L'an dernier, nous avions collecté 9 400 tonnes, cette année nous espérons dépasser les 10 000 tonnes à comparer à notre collecte annuelle totale qui atteint 71 000 tonnes, l'équivalent de 200 millions d'euros de denrées alimentaires.Â
La crise actuelle, vous devez l'observer de près ?
La plupart des associations constate une baisse de 20 % des dons en argent. La Banque alimentaire ne reçoit pas d'argent. Nous ne collectons que des denrées alimentaires. En temps de crise, s'agissant de la nourriture, les Français savent se montrer solidaires. On espère même augmenter notre collecte.Â
Il faut répondre à la hausse des bénéficiaires ?
La demande d'aide alimentaire a progressé de 10 % depuis le début de l'année. La moitié des bénéficiaires ne sont pas des exclus. Il s'agit à 15 % de salariés, à 15 % de retraités et à 18 % des demandeurs d'emploi. Il y a vingt-cinq ans, au départ, la Banque alimentaire ne s'occupait que de ceux qui avaient perdu tout lien social.Â
Vous voyez la montée des travailleurs pauvres ?
Une fois payé le loyer, le transport, certains disposent de moins de 150 € par mois. C'est impossible pour assurer un équilibre alimentaire. Alors les travailleurs sociaux les envoient vers nous. C'est un phénomène récent. Il s'agit des étudiants, des salariés à temps partiel, des retraités en milieu rural. La hausse des prix des denrées alimentaires de 30 à 50 % en six mois a accéléré le phénomène. Mais c'est en train de se stabiliser.Â
Comment faites-vous face ?
Les grandes surfaces ont augmenté leur livraison quotidienne de 10 %. Mais l'avenir nous inquiète. Trois quarts des personnes aidées ont des enfants à nourrir. Il faut savoir que la Banque alimentaire fournit 1 000 CCAS, 2 000 antennes de grands réseaux associatifs comme la Croix-Rouge, le Secours catholique, l'Armée du salut, etc. Nous livrons aussi 2 000 associations indépendantes. Nous sommes le premier partenaire des épiceries sociales. Nous en servons 285 en France.Â
D'où viennent vos approvisionnements ?
Un tiers vient de la collecte quotidienne dans les grandes surfaces. Cela représente 40 millions de repas. Après, il y a la collecte auprès de l'industrie. C'est le surplus de production, les mauvais étiquetages. Des gens comme Nestlé, Lactalis, Yoplait nous appellent et on y va avec nos camions réfrigérés. On récupère ainsi 40 millions de repas. Cela fait 60 % des approvisionnements de l'année. S'ajoute l'aide de l'Europe et de l'État. C'est aussi 30 millions de repas. L'aide est reçue directement dans nos entrepôts : conserve, lait, riz, produits de base. Mais nous attendons toujours le déblocage des fonds européens. C'est quand même 24 millions d'euros. Il y a deux mois de retard. Chaque jour perdu entraîne des difficultés. Et puis nous collectons aussi auprès du public.Â
Notamment avec la grande collecte nationale...
Nous recherchons à cette occasion des produits chers. Les conserves de poissons, l'huile, le sucre, le café et le chocolat en poudre. L'an dernier, la collecte était en baisse. Nous attendons un élan de solidarité car je crains une remontée de la pauvreté.Â
Guillaume LE DU.