Congo : l'Onu impuissante au Nord-Kivu
Qui protégera les populations du Nord-Kivu ? Depuis des semaines, la guerre enflamme à nouveau cette province de la République démocratique du Congo (RDC), frontalière du Rwanda et de l'Ouganda. Après une percée spectaculaire, qui a provoqué la déroute de l'armée gouvernementale, les forces rebelles du général déchu Laurent Nkunda marquent une pose. Mais elles accusent les soldats du président Joseph Kabila et leurs supplétifs des milices Maï-Maï de réoccuper le terrain perdu. Rien n'est réglé, ni en voie de l'être.
Depuis plus de deux mois, les civils sont les premières victimes des violences. Tous les belligérants ont commis des crimes de guerre. Massacres, assassinats ciblés, viols, enrôlements forcés, pillages et destructions ne se comptent plus. Des dizaines de milliers de nouveaux déracinés se sont mises en chemin, sous les pluies diluviennes, pour rejoindre, dans des camps, les centaines de milliers de déplacés des conflits précédents.
Car l'Est de l'ancien Zaïre n'en finit pas de solder les comptes du génocide, qui fit 800 000 morts au Rwanda, en 1994. Depuis, les forces tutsies de Paul Kagamé, au pouvoir à Kigali, sont intervenues militairement deux fois en RDC. C'est même avec leur aide que Laurent Désiré Kabila, père de l'actuel président congolais, renversa le dictateur Mobutu. Depuis dix ans, dans l'indifférence quasi-générale du reste du monde, les divers épisodes de guerre de la région des Grands Lacs ont provoqué la mort, directe ou indirecte, de plusieurs millions de personnes.
Aujourd'hui, le président rwandais soutient son ancien compagnon d'armes, Laurent Nkunda, tutsi, comme lui, mais natif du Kivu congolais. Le chef des rebelles prétend combattre les miliciens hutus chassés du Rwanda en 1994 après avoir, pour beaucoup d'entre eux, participé au génocide. Enhardi par ses succès, il élargit son ambition, n'hésitant pas à se comparer à de Gaulle, libérateur de son pays.
Une fois de plus, les richesses minières fabuleuses des provinces orientales de la RDC causent la ruine des habitants. Le Kivu, par exemple, regorge de coltan, qui entre dans la fabrication des téléphones portables. États, multinationales et chefs de guerre ¯ y compris généraux de l'armée gouvernementale ¯ se disputent le contrôle et les revenus des mines à ciel ouvert. Cela alimente la guerre.
Jusqu'à quand laissera-t-on se poursuivre le « génocide silencieux » que dénoncent les évêques catholiques de RDC ? Le plus choquant est que la plus importante force de paix jamais constituée par les Nations Unies en est témoin chaque jour, mais reste incapable d'y mettre un terme. Paris propose de porter ses effectifs de 17 000 à plus de 20 000 hommes. Le Conseil de Sécurité semble en passe d'y souscrire et c'est tant mieux. Encore faudrait-il que le déploiement des renforts ne prenne pas des mois - comme on l'annonce - et que les Casques bleus disposent d'un mandat clair.
Ils ne sont pas là pour faire la guerre à la place de l'armée de la RDC. Mais ils doivent disposer de moyens et de règles d'engagement assez robustes pour assurer leur tâche : maintenir la paix et protéger les populations en danger. La communauté internationale avait failli lors du massacre de Srebrenica, en Bosnie ; elle ne sut pas empêcher le génocide rwandais. On promit de retenir la leçon : plus jamais ça ! La crédibilité des Nations Unies se joue, en ce moment, au Nord-Kivu.
Joseph LIMAGNE.