Football : Savidan ne confond pas les Bleus avec Eurodisney
Steve Savidan est heureux de se retrouver en Bleu. Mais, le Caennais n'est pas dépaysé parmi les Henry, Anelka, Vieira qu'il n'avait vu qu'à la télé. « Tout cela reste du foot » et la seule star, à ses yeux, reste l'équipe de France. Photo : AFP
France - Uruguay (ce soir à 21 h sur TF1). Nouveau venu, il est l'attraction de ce match. Entrera, entrera pas ? Pour le Caennais l'essentiel n'est pas là .
CLAIREFONTAINE (de l'un de nos envoyés spéciaux). Un sélectionneur plus du tout menacé, aucun point à prendre sur le chemin du Mondial 2010, une affiche pas spécialement excitante. Ce France-Uruguay manquerait singulièrement d'intérêt s'il n'y avait pas eu la convocation de Steve Savidan. Le Caennais parmi les Bleus, c'est une sorte de vilain petit canard au milieu d'une couvée de stars. Un « vieux » de 30 ans, ancien barman et éboueur quand d'autres gagnaient la Coupe du monde, qui a davantage usé sur crampons sur les pelouses du National qu'en Ligue 1. Bref, un OVNI, une attraction.
Petit sourire aux lèvres, Savidan fait face aux trente journalistes qui l'entourent. Il n'en a jamais vu autant d'un coup et s'amuse à aligner les dictaphones comme à la parade. Les questions fusent sur l'accueil qu'on lui a réservé. Il s'étonne. « Ah bon, vous aviez des inquiétudes pour moi ! Je vous rassure, ils ne m'ont pas mangé ! À Caen, à Valenciennes (son club précédent) ou ici, cela reste du foot. On est dans le même registre. »
« Pas venu voir Mickey »
L'atypique de service, ça lui a quand même fait drôle d'être appelé « Monsieur » par des gamins du centre de formation, croisés au pied du château. « C'est peut-être parce que je suis vieux et que j'étais en bleu, se marre-t-il. En tout cas, ils m'ont reconnu. Cela fait plaisir. Et, moi qui n'aie pas pris cette voie-là , je leur souhaite de réussir ».
Lui, venu par des chemins détournés, il est arrivé sur le tard. Henry, Anelka, Vieira, il ne les avait vus qu'à la télé. Ribéry, en revanche, il connaissait. Un ancien adversaire de National venu, aussi, par la tangente. Pas une surprise qu'ils se retrouvent dans la même chambre, car le joueur du Bayern Munich est celui avec lequel Savidan a le plus d'affinités. « Se retrouver ensemble a été une demande mutuelle. Mais les autres aussi ont été sympas. Pendant trois jours, on est dans la même équipe ».
Il fait tout pour banaliser sa présence, mais on sent que c'est déjà Noël, quelque part, pour lui. « Bien sûr, c'est une grande fierté. Mais je ne suis pas sur un nuage. Je sais bien que Clairefontaine n'est pas Euro Disney et que je ne suis pas venu voir Mickey. Même si j'ai fait signer des autographes aux uns et aux autres. Mais eux, aussi, s'en demandent mutuellement pour des mômes. Non, ici c'est du boulot. Un peu de l'orientation professionnelle pour voir où j'en suis. Ces partenaires-là , cela ne m'impressionne pas d'être avec eux, même si je sais ce qu'ils ont fait de grand dans le passé. Car pour moi, la seule star, c'est l'équipe de France. » Et qu'il joue ou pas ce soir, aucun doute pour lui, il en fait partie. Même si ce n'est que trois jours.
Justement, que pense-t-il pouvoir apporter ? La réponse fuse. « Sans prétention aucune, peut-être un peu de fraîcheur. Surtout que j'ai un CAP de frigoriste... Non, je ne l'ai pas ». Ça, c'était avant l'entraînement d'hier soir. La première séance avec ballon. Lui, enfin, parmi les cadors. Pas peur que cela aille trop vite ? Nouvelle boutade, du tac au tac. « Mais à Caen, on va plus vite qu'eux ! »
En tribune ce soir, ou sur le banc, cela serait rageant, non ? « Cela ne serait pas une déception. À ma place, j'aurais contribué au résultat. Le foot ne se joue pas qu'à onze ». Mais ses yeux bleus disaient qu'il ne pensait qu'à en être. La preuve : cette dernière confidence. « J'en ai rêvé, de ce match. Il y a longtemps. »
Jean-Luc PELLIZZA.