Renault Trucks envisage 90 jours de chômage
Lors de la précédente crise, en 1992-1993, certains sites de Renault Trucks avaient connu jusqu'à 80 jours de chômage partiel. Photo : Archives Stéphane Geufroi
Lors du prochain comité central d'entreprise, le 19 novembre, à Lyon, le constructeur de camions devrait présenter un planning 2009 très sombre.
A l'ordre du jour: la situation commerciale, les perspectives 2009. Un comité central d'entreprise extraordinaire est convoqué, mercredi19, au siège lyonnais de Renault Trucks. Il doit être consulté sur de possibles mesures de chômage partiel en 2009, à hauteur de... 90 jours! Ces mesures concerneraient les ouvriers et une partie des techniciens de trois sites: Lyon (les parties usine moteur et centre d'emboutissage), Bourg-en-Bresse et Blainville-sur-Orne, près de Caen.
Blainville emploie 2600 salariés en contrats en durée indéterminée, dont 2000 ouvriers. De 700 cet été, les intérimaires devraient disparaître fin janvier. En France, Renault Trucks (groupe AB Volvo) compte 10000 salariés en CDI, dont 4600 ouvriers.
La direction du constructeur de camions ne souhaite pas s'exprimer avant le comité central, « en respect de la loi ». Responsable de la communication à Blainville, Pierre-Emmanuel Le Brun revient uniquement sur l'état du marché: « Il ne se relève pas. Nous sommes inquiets de son caractère profondément anémique. »
Côté syndicats, c'est la douche froide. « On a l'impression que la direction noircit le tableau », réagit Philippe Poisson (CGT). « Il y a encore un mois, notre PDG disait qu'on s'en tirait mieux que d'autres, dans l'automobile, rappelle Bernard Minerbe (Sud). Et là , d'un coup, 90 jours de chômage partiel ! C'est pour le moins surprenant. On perd des commandes, c'est clair, mais on ne connaît pas l'évolution du marché en 2009. »
« Les salariés paient »
Ces mesures de chômage partiel arrêteraient les usines chaque jeudi et vendredi, toute l'année prochaine. Les mercredis aussi, au deuxième trimestre. « On dépasserait le seuil des 600 heures, le maximum annuel normalement autorisé par la loi », relève Bernard Minerbe.Toute mesure de chômage partiel doit recevoir l'aval de la direction du travail. Ces jours-là , les salariés ne travaillent pas. Ils seraient indemnisés à hauteur de 50% de leur rémunération, en brut (61% en net). Indemnisation financée pour moitié par l'État.
« 50 %, ce n'est pas acceptable, dénonce Philippe Poisson. Quand il y a des commandes, on n'a pas d'augmentation en proportion. Et quand cela va mal, ce sont les salariés qui paient l'addition ? Pas d'accord. » Il embraie: « De 2005 à 2008, les résultats de la société ont été positifs. On va même injecter de l'argent dans Volvo. Et les actionnaires vont se goinfrer. » Bernard Minerbe abonde: « Il n'y a pas de raison que la production paie la facture. De plus, ces mesures feraient subir les pertes de salaires aux ouvriers, et pas aux cadres. Si du chômage partiel est nécessaire, on veut une indemnisation à 100 %. »
Virginie JAMIN.
Par ailleurs, en comité d'entreprise, mercredi, la direction de Blainville a annoncé quatre nouveaux jours non travaillés d'ici fin 2008.