
C'était déjà le cas la semaine dernière. Dans une configuration encore pire, avec une concurrence frontale entre des matches joués à la même heure, tels le Toulouse-Toulon face au France-Iles du Pacifique. La faute à qui ? A un calendrier de compétitions surchargé qui voudrait imposer au ballon ovale de résoudre la quadrature du cercle.
Le XV de France, entre Tournoi et tournées, dispute 11 matches dans la saison. Les clubs ont besoin de 9 dates (en comptant les phases finales) en Coupe d'Europe et de 28 (avec demies et finale) pour le Top 14. Soit un total de 48 rendez-vous auquel aucun joueur ne peut répondre, physiquement et réglementairement : « Les statistiques de ces dernières années donnent une moyenne de 38-39 matches joués », note Arnaud Dagorne, le Choletais qui dirige la Ligue nationale.
« Cela fausse l'équité sportive »
Les doublons sont inévitables. Les Anglais en vivent 9 par saison, pendant le Tournoi des 6 Nations notamment, alors qu'en France, on essaie d'en limiter le nombre. Mais, dans la négociation, chaque camp suggère à l'autre de faire des sacrifices.
Ainsi, ramener l'élite professionnelle à 12 clubs permettrait de gagner 4 dates : « Ce serait une erreur, alors que nous faisons tout pour élargir l'audience géographique du rugby », assure le directeur de la LNR. Il suggère que les clubs disputent deux matches en semaine en début de saison mais, surtout, il souhaite que le XV de France se dispense de tournées dans les années qui précèdent et qui suivent la Coupe du monde.
Perte d'audience de 25Â %
La balle est dans le camp de la Fédération qui se mure dans le silence. Elle attend que la Ligue se choisisse un successeur au futur ex-président Serge Blanco début décembre, mais les candidats déclarés restent attachés au Top 14. On pourrait aussi espérer une initiative de Bernard Lapasset, le nouveau patron de l'International Board, mais il botte en touche en évoquant « un problème franco-français ».
Pourtant, toutes les familles du rugby ont à souffrir de ce désordre du calendrier : « On perd 25 % d'audience pendant ces week-ends de doublons, » regrette Arnaud Dagorne. Le public choisit ses matches : « On évite autant que possible de mettre les plus grosses affiches en place le jour où il y a un match du XV de France. »
Mais c'est sur le plan sportif que le phénomène est dommageable quand des clubs comme Toulouse ou le Stade Français envoient près d'une dizaine d'éléments en sélections : « Cela fausse l'équité sportive », rouspète Fabrice Landreau, le co-entraîneur parisien, pas loin de mettre sur le compte de ces absences les trois défaites consécutives de sa formation : « Et pendant ce temps, Bayonne peut jouer les premiers rôles, avec tout son effectif. »
Le directeur de la Ligue préfère voir le côté positif de la chose : « Cela force certains clubs à donner leur chance à de jeunes joueurs. Et cela donne du suspense et de l'incertitude à la compétition. » Jamais le Top 14 n'a été aussi indécis.
Pierre FORNEROD.
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