
L'adolescent a du tempérament. Il monte en grade, est nommé caporal en janvier 1916 puis sergent en juin de la même année. Quand il rentre chez lui en permission au mois d'août 1916, avec une fausse adresse sur sa feuille de route, le jeune soldat fait l'admiration de tous. Nul ne pense à dénoncer la supercherie aux militaires. De retour sur le front, le jeune soldat continue les actes de bravoure. Il est cité à l'ordre du corps d'armée.
Le 29 décembre 1916, il décide de révéler sa vraie identité et écrit à son colonel. Sous son vrai nom, il réintègre l'armée en février 1917, mais en y laissant galons et citations. L'armée ne veut pas laisser passer. Pourtant, il est vite nommé adjudant. Au printemps 1917, il demande à quitter l'infanterie pour l'aviation. En juin 1917, c'est chose faite : il part à Dijon puis à Étampes et à Avord dans le Cher où il apprend à piloter. Inouï. Le soldat issu du milieu paysan obtient son brevet de pilote le 9 septembre 1917. Il le doit à sa seule bravoure.
Attaqués par trois avions ennemis
Mais le pilote ne rejoindra pas l'aristocratie du métier, les pilotes de chasse. Il effectue ses premiers vols à bord d'un avion de reconnaissance, prend des photos. Les avions de l'escadrille SO 229, dans la Meuse, permettent à l'artillerie de régler ses tirs sur les tranchées ennemies. Proies faciles, les pilotes d'avions de reconnaissance tombent rapidement au champ d'honneur. Le 18 mars, le pilote Jean-Corentin Carré et le mitrailleur Joseph Perrin, attaqués par trois avions ennemis, sont abattus.
La tombe du soldat a été découverte récemment par des membres de l'association « Mémoire du canton du Faouët » qui a rassemblé témoignages et documents au sein d'un ouvrage collectif (1). Le héros est enterré dans le village de Rembercourt-aux-Pots, dans la Meuse.
Au Faouët, l'idée de faire un monument fait son chemin dès 1919. Elle eut quelques difficultés à voir le jour. L'administration préfectorale ne vit pas d'un bon oeil que le comité d'organisation du monument fut entre autre constitué d'un instituteur, fervent militant laïc et syndical. En 1932, on pose une plaque sur la maison natale, dans l'ancienne rue sainte-Barbe. Guère plus. Il faut attendre 1938 pour qu'un nouveau comité s'active. L'Ouest-Eclair popularise la souscription. Près de 4 000 personnes assistent à l'inauguration le 7 mai 1939. On entend presque le son du canon.
Christian GOUEROU.
(1) 1914-1918, Des champs aux tranchées chez Liv ? éditions, ouvrage collectif de Mémoire du canton du Faouët, 1998, 220 pages.